Réformer la grande distribution

Publié le par Stéphane Jeanneteau

110_f_395742_kf8wywozjp1cix8byjcwoixi6vnzng.jpgLe président a marqué sa volonté d'une réforme majeure des régulations de la grande distribution en France. Pour comprendre sa démarche, il faut revenir onze ans en arrière. En 1996, les groupes français de distribution continuent de développer leur parc de magasins alors qu'un nouveau format de vente - le hard-discount - connaît une croissance exponentielle, portée par des opérateurs allemands, Lidl et Aldi. Cette situation menace les marges des distributeurs français. Sous couvert de défense du petit commerce, deux lois vont être votées fort opportunément. La première est bien connue : confortant l'interdiction de la revente à perte, la loi Galland empêche les distributeurs de défalquer les marges arrière des prix. La seconde, la loi Raffarin, renforce le contrôle des autorisations de grandes surfaces par les élus locaux et les représentants des distributeurs déjà en place. Elle l'étend aux surfaces de plus de 300 mètres carrés pour l'alimentaire, le seuil de contrôle le plus bas en Europe. Ainsi, au moment même où le dynamisme de la grande distribution est un moteur essentiel de la croissance et des créations d'emplois aux Etats-Unis, la France érige une législation restrictive anticoncurrentielle. La seconde loi limite la concurrence par l'offre, la première par les prix. La Bourse ne s'y trompe pas, les actions des distributeurs s'envolent... avec les prix au détriment des consommateurs.

L'évolution des prix relatifs alimentaires est visuellement frappante. Alors qu'ils suivaient une évolution comparable à celle de nos voisins, dès l'automne 1996, ils dérivent continûment, bien avant l'avènement de l'euro (qui ne semble pas avoir été plus inflationniste en France que dans les autres pays de la zone). Au total, les prix alimentaires se retrouvent en 2004 au moins 7 % au-dessus de la tendance observée avant ces lois et même 10 % pour la viande. Le consommateur est en fait doublement perdant : la rareté des surfaces de vente est criante dans certaines zones, et il n'est guère besoin de moderniser des magasins qui risquent peu de voir s'implanter un nouveau concurrent.

L'année 2004 marque cependant un tournant. Dans le sillage de plusieurs rapports sur la loi Galland, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Economie, convoque bruyamment les distributeurs. Il obtiendra une modeste ristourne. Mais, parallèlement, les créations de grandes surfaces reprennent modérément à la suite d'un assouplissement de la loi Raffarin par la jurisprudence du Conseil d'Etat ; en août 2005, la loi Dutreil permet qu'une part des marges arrière soit intégrable dans les prix. Au total, entre la mi-2004 et juillet 2007, les prix relatifs alimentaires décroissent de 2,5 % à 3 % par rapport à l'évolution européenne moyenne. Ils restent donc, uniquement pour l'alimentaire, potentiellement encore autour de 5 milliards d'euros de pouvoir d'achat manquant pour les Français.

Théoriquement, la seconde phase de démantèlement du dispositif Galland impulsée par le président de la République et la réforme de la loi Raffarin devraient mécaniquement rendre cette rente aux consommateurs.

Nicolas Sarkozy devrait ainsi satisfaire les consommateurs français au détriment des marges des grands distributeurs. Dans ce contexte, l'ouverture des commerces le dimanche peut apparaître comme une compensation. Les salariés ne devraient guère en profiter. Mécaniquement, ils travailleront moins les autres jours de la semaine ; les heures bonifiées généralement à 100 % lors d'une ouverture exceptionnelle le dimanche le sont rarement si l'ouverture est systématique. En revanche, les grands distributeurs pourront reprendre leur marche d'écrasement des petits commerçants isolés. Pour ces commerçants, l'ouverture le dimanche matin est une bouée. Face à des géants ouverts tout le dimanche, pourront-ils sacrifier leur temps de repos pour ouvrir aussi l'après-midi, comment feront-ils pour imposer à leurs éventuels salariés de travailler ? Environ un cinquième du chiffre d'affaires des grandes surfaces pourrait alors être réalisé le dimanche. Plus utilisable, leur foncier sera revalorisé. Une bonne nouvelle pour la prochaine introduction en Bourse de la société foncière de Carrefour.

Source : www.lesechos.fr
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