Auchan veut changer les relations distributeurs/fournisseurs

Publié le par Stéphane Jeanneteau

Une "véritable rupture" dans les règles régissant les relations entre les distributeurs et leurs fournisseurs est le seul moyen de contenir la hausse des prix de vente aux consommateurs en 2008, estime le groupe familial de distribution Auchan.
 
Lors d'une conférence de presse tenue lundi, jour de la remise du rapport Attali sur la croissance et le pouvoir d'achat, ses dirigeants ont plaidé pour la suppression des marges arrières créées par la loi Galland.
 
Actuellement, les distributeurs ne peuvent pas déduire de leur prix de vente ces commissions que leur versent leurs fournisseurs ce qui provoque, selon Auchan, une inflation sur les produits de grandes marques.
 
Le distributeur a par ailleurs prôné une libre négociation des tarifs et des conditions générales de vente des industriels, ce que ces derniers refusent.
 
"Aujourd'hui, les industriels nous imposent leurs tarifs, lesquels sont désolidarisés de toute réalité économique (..) ce qui alimente l'inflation. (...) Prendre sur nos marges, ce n'est plus possible", a déclaré Jean-Denis Deweine, le directeur des achats alimentaires d'Auchan.
 
Arnaud Mulliez, le président d'Auchan France a de son côté dénoncé "la situation confortable" des industriels qui leur permet "année après année" d'accroître leurs résultats alors que celui des distributeurs baisse. Il a ainsi précisé qu'en 2007 le bénéfice net d'Auchan en France pourrait enregistrer "une régression supérieure à deux chiffres".
 
Les industriels "utilisent l'alibi des PME" alors que les produits que celles-ci fabriquent (les marques de distributeurs) constituent pour les distributeurs une alternative aux marques nationales plus chères de 20 à 25%, a ajouté Philippe Baroukh, le directeur général d'Auchan.
 
Le groupe propose en outre de loger l'ensemble des contreparties accordées aux fournisseurs dans un contrat ce à quoi les industriels sont hostiles. "Nous sommes partisans du tout sur facture pour que cela se reflète dans le prix de vente", a ajouté Mulliez.
 
En revanche, Auchan s'est dit opposé à la suppression du seuil de revente à perte qui permet de prendre en compte des réalités économiques telles qu'aujourd'hui la hausse du prix des matières premières.
 
POUR UNE CONCURRENCE ACCRUE
 
Pour faire face à cette réalité, Auchan prône une concurrence accrue qui serait favorisée, selon lui, par une libéralisation de l'urbanisme, l'ouverture des magasins le dimanche et la possibilité de vendre des produits pharmaceutiques et de la parfumeries de grandes marques.
 
"Si on a de la croissance on pourra jouer sur nos marges et faire baisser les prix. Il faut déverrouiller ce pays, oxygéner le commerce", lance Arnaud Mulliez.
 
En attendant l'attentisme prévaut entre les deux camps qui ne sont pas encore parvenus à se mettre d'accord sur les conditions de vente pour 2008.
 
Les industriels menacent de ne pas livrer si les hausses de prix qu'ils réclament ne sont pas acceptées tandis que certains distributeurs brandissent le spectre du déréférencement.
 
On nous annonce pour 2008 des hausses de tarifs de 9,5% à 12% sur les produits laitiers, de 15% en moyenne sur les compotes et de plus de 20% sur les pates alimentaires, déclare Jean-Denis Deweine.
 
"A ce jour, on refuse ces hausses", affirme Arnaud Mulliez en soulignant que les fournisseurs ont déjà présenté des augmentations de tarifs moyennes de 4,6% en 2006 et de 6% en 2007.
 
Et le groupe remarque qu'entre 2004 - date des accords Sarkozy visant à faire baisser les prix - et août 2007, les étiquettes ont diminué de 3,3% chez Auchan.
 
Aller plus loin menace les programmes d'investissements et les emplois du secteur, selon Auchan, même si son président souligne que sa "famille a montré qu'elle était capable de réinvestir ses bénéfices et de partager ses résultats" et qu'il est "hors de question" de licencier.
 
Mais Arnaud Mulliez observe aussi que son groupe a l'avantage de pas avoir à subir "la pression des marchés financiers".
 
Le rapport de la commission Attali doit aboutir à un texte que Luc Chatel, secrétaire d'Etat à la consommation et au Tourisme, devrait présenter en conseil des ministres avant la fin du mois, et que le Parlement examinera avant la fin de l'année.
 

Source : www.boursorama.com

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Publié dans Les news

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