Leclerc part en guerre contre les industriels de l'agro-alimentaire

Publié le par Stéphane Jeanneteau

Pourquoi ne pas profiter de l'actualité concernant le pouvoir d'achat pour communiquer? C'est ce que fait, comme à son habitude, le groupe de distribution Leclerc qui s'offre depuis lundi une campagne de publicité dans laquelle il interpelle Nicolas Sarkozy: «Monsieur le Président, promettre la hausse du pouvoir d'achat, c'est permettre la baisse des prix. Visiblement, c'est mal parti».

Le visuel montre plusieurs produits de grande consommation, tout à fait identifiables, et les hausses de prix applicables dès novembre. «Barilla, +32,29%», «Ajax, +19,72%», «Activia, +18,71%»…

«Notre objectif est de montrer que l'augmentation du coût de la vie n'est pas qu'une rumeur», explique à 20minutes.fr Philippe Seeligman, responsable de la communication de Leclerc. Si les marques, pointées du doigt, ne sont «probablement pas très contentes» de la publicité, peu importe. La loi Chatel que prépare le gouvernement «ne permettra pas aux distributeurs de mettre en compétition les grands industriels et de négocier leurs tarifs», regrette Leclerc. Pour qui l'inflation actuelle est de la responsabilité unique des industriels qui ont décidé de monter leurs prix. «Bien au-delà de la hausse des matières premières».

article-leclerc.jpg«Les marges arrières ne profitent pas aux distributeurs»

Une position qui n'est pas forcément celle de l'opinion publique. «Les gens pensent souvent que les marges arrières profitent aux distributeurs mais c'est faux. Nous préférions supprimer les primes et les répercuter sur des prix à la baisse», explique la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD), «solidaire» de la campagne de Leclerc. Preuve de ce consensus des distributeurs, selon elle: la tribune du président du directoire du groupe Auchan, parue mardi dans «Le Figaro».

«Notre publicité n'est pas une campagne d'opportunité», se défend Philippe Seeligman. «La preuve que la hausse est imputable aux seuls industriels, c'est que la différence des prix avec nos marques distributeur s'accroît».

N'est-il pas risqué de faire une publicité pour parler de la hausse des prix quand la concurrence privilégie le contraire? «Chez Leclerc, nous nous battons contre la loi Galland depuis 1996 car elle favorise les tendances inflationnistes», répond invariablement le responsable de la communication. «Concernant les petits commerces [que la loi Galland est censée protéger], nous demandons des dispositions particulières aux pouvoirs publics».

Du côté des industriels de l'agro-alimentaire, visés directement par la campagne, peu de réactions. Si Nestlé Waters dit «n'avoir aucun commentaire à faire», d'autres marques n'ont pas souhaité répondre.

«Publicité populiste et démagogique»

L'Association nationale des industries alimentaires (Ania) est, elle, très remontée. Pour son président, Jean-René Buisso, la publicité est «populiste et démagogique». «Sont montrés quatre-cinq produits isolés qui ne représentent pas la complexité du problème du pouvoir d'achat en France», estime-t-il. «Nous subissons une hausse exceptionnelle des matières premières, nous devons bien répercuter, au moins partiellement, cette hausse». Selon lui, les industriels n'ont «aucun intérêt à augmenter les prix» pour des consommateurs dont le panier fait de moins en moins la part belle aux produits alimentaires. D'ailleurs, fait-il valoir, ils ont baissé de 3% en deux ans depuis les accords Sarkozy. «Nous entrons dans un nouveau cycle de hausse et de baisse des prix en fonction des fluctuations mondiales contre lesquelles la PAC ne nous protège plus», analyse-t-il.

S'il reconnaît une «annonce maladroite» de la hausse des prix, il précise qu'elle concerne les prix grossistes mais pas la vente au détail. Et conclut : «si nous étions aussi démagos que Leclerc, nous ferions des publicités dans lesquelles nous nous demanderions d'où il a l'argent pour acheter des encarts publicitaires».

Source : www.20minutes.fr

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