Réformer la loi Galland dans l'intérêt général

Publié le par Stéphane Jeanneteau

110_f_395742_kf8wywozjp1cix8byjcwoixi6vnzng.jpgEn focalisant la question du pouvoir d'achat sur le débat des marges arrière, le gouvernement se trompe de combat. Hugues Pouzin, directeur général de la Confédération française du commerce interentreprises (CGI), plaide pour un paysage commercial qui ne soit pas limité aux seuls hypermarchés.
Depuis la Révolution, la France a construit son système politique sur la sacralisation de la loi comme expression de l'intérêt général. Cet héritage a longtemps protégé notre pays contre les dérives d'une législation qui serait taillée sur mesure pour des entreprises ou des groupements qui ne chercheraient qu'à satisfaire leurs intérêts particuliers. Avec la réforme de la loi Galland, notre pays est-il en train de céder à la sirène des lois "privées"?
 
Le président de la république a fait de la lutte contre l'inflation une priorité. La CGI, Confédération française du commerce interentreprises, qui représente les grossistes, soutient activement cette idée. Mais en focalisant la question du pouvoir d'achat sur le débat des marges arrière, le gouvernement se trompe de combat. Car l'objectif de baisse des prix affiché par le chef de l'État pour redonner du pouvoir d'achat aux Français concerne essentiellement les produits alimentaires. Or, toutes les études montrent que la raison de la hausse des prix est ailleurs. En tête des causes identifiées: l'augmentation du coût de l'énergie, du logement, des services financiers...
 
En réalité, la grande distribution a réussi à faire de la question des marges arrière la pierre angulaire de toute réforme sur la question du pouvoir d'achat en utilisant des procédés indignes de notre république: chantage à l'emploi, pressions, campagnes de désinformation... Nul besoin d'être spécialiste de la question pour constater qu'elle cherche à faire payer aux consommateurs et aux autres circuits de distribution, spécialisés notamment, le coût de la nécessaire rénovation d'un modèle économique en perte de vitesse. On peut par ailleurs douter de la volonté de la grande distribution de faire réellement baisser les prix. Elle aurait pu le faire depuis longtemps sur ses marques propres qui ne sont pas soumises aux marges arrière.
 
Dans ce jeu de dupes, les "cash and carry", généralistes, mais qui se présentent comme acteurs du commerce de gros, semblent vouloir, eux aussi, profiter de la situation pour avancer leurs pions. En défendant le projet d'une dérogation au principe de revente à perte, pour eux seuls, ils poussent la logique de la loi sur mesure à son extrême. S'ils obtiennent gain de cause, ils seront en mesure de pratiquer des prix d'appels sur certains produits tout en ayant l'opportunité de se rattraper sur d'autres catégories.
 
Une spécificité qui les rapproche des pratiques de la grande distribution. Ces méthodes ont, in fine, pour seul objectif l'éradication des circuits de gros spécialisés et l'augmentation à loisir des prix quand toute forme de concurrence aura disparu.
 
La France du commerce doit-elle devenir une France exclusivement d'hypermarchés et de "cash and carry" ? Est-ce cela que les consommateurs attendent ? La CGI défend, au contraire, la nécessité de préserver la diversité des circuits de distribution. Les entreprises du commerce de gros s'inscrivent dans une démarche visant à servir la concurrence, la baisse des prix et la promotion de la qualité des produits. Elles sont au coeur d'une logique de services et d'innovation qui prend en compte les besoins des consommateurs et a toujours été étrangère à la grande distribution. Elles sont enfin pleinement investies dans le commerce de proximité, par la force d'un maillage territorial sans équivalent.
 
C'est cette force logistique qui permet, par exemple, la livraison de 2,9 milliards de repas par an dans les restaurants collectifs de nos écoles et hôpitaux. Pour la CGI, le socle d'une concurrence authentique, c'est la pratique de prix au plus proche des coûts de revient majoré d'un profit, lui-même régulé par l'offre du marché.
 
Ainsi seulement, il sera possible de briser l'oligopole de la grande distribution et assurer un approvisionnement régulier. Enfin, sans vouloir paraphraser un des plus célèbres acteurs du spectacle qui se joue en ce moment: "monsieur le président, ne cédez pas au chantage de ceux qui, au nom d'une illusoire promesse de baisse des prix, souhaitent imposer un modèle unique de distribution et l'uniformisation du commerce dans notre pays !"

Source :  La tribune

 

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Publié dans Les news

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