Branle-bas de combat sur les prix
Le gouvernement a presque repris pour argent comptant les chiffres d’une enquête de 60 Millions de consommateurs qui se révèle assez hasardeuse. Le Parti socialiste n’est pas en reste puisqu’il soutient, sans rire et sur la base de la même enquête, que «l’inflation sur les produits alimentaires a dépassé les 45 %». Selon l’Insee, le chiffre est en fait de 8,8 % en un an, ce qui est déjà beaucoup mais pas suffisamment spectaculaire.
L’accusation principale est que producteurs et distributeurs profitent de l’inflation des coûts pour augmenter leurs marges. En l’occurrence, cela a peu de chance d’être le cas. Les économistes ont en effet observé que lorsque les coûts de production augmentent, les marges baissent, c’est-à-dire que les vendeurs ne répercutent pas complètement l’augmentation de coût sur les prix. Il s’agit d’un fait très robuste qu’on retrouve dans tous les pays industrialisés. Bien sûr, il s’agit d’une moyenne (en ces temps où la statistique est suspecte, ce concept est devenu un gros mot), et on trouvera toujours des exemples de distributeurs qui augmentent leur prix au-delà de l’augmentation de leurs coûts. Si les producteurs et les distributeurs ne répercutent pas complètement les augmentations de coûts sur les prix à la consommation, ce n’est pas du fait d’une quelconque compassion pour les consommateurs. Non, c’est simplement la stratégie de prix qui maximise leur profit, car c’est dans leur intérêt que la demande ne baisse pas trop. D’ailleurs, le mouvement symétrique existe : lorsque les coûts baissent, les distributeurs ne répercutent pas totalement cette baisse sur les prix pour le consommateur, et dans ce cas les marges augmentent. Ne nous trompons pas de cible : le taux de marge des supermarchés et hypermarchés en France est trop élevé parce que l’Etat a organisé l’absence de concurrence dans ce secteur. Le niveau des prix pour les consommateurs est trop élevé de ce fait. Mais en l’occurrence, l’augmentation récente des prix ne vient certainement pas d’une augmentation des marges.
Source : Libération