Sun est-il sur le chemin de la reprise ?

Sun est-il sur le chemin de la reprise ?
L'incertitude est toujours de rigueur concernant Sun. Toutefois, une sortie de crise pourrait s'amorcer grâce aux nouvelles orientations de Jonathan Schwartz et à l'accentuation de la mutation du groupe vers l'Open Source. (13/06/2006)
Fondée en 1982, la firme Californienne, longtemps présentée comme innovante et visionnaire, a le moral en berne depuis déjà plusieurs années. L'éclatement de la bulle Internet lui fut, il est vrai, particulièrement préjudiciable. Sun Microsystems est en butte, depuis 2000, à d'importantes difficultés qui l'ont contrainte à plusieurs vagues de licenciements. L'entreprise américaine enregistre en effet des pertes nettes depuis 2002, son troisième trimestre fiscal 2006 faisant état d'une perte de 217 millions de dollars.
De mauvais résultats financiers à l'origine de la suppression de 13 000 emplois sur les cinq dernières années. La dernière vague de licenciements a d'ores et déjà été annoncée et devrait aboutir à une coupe massive dans la masse salariale de l'ordre de 13%, soit près de 5 000 postes qui sont amenés à disparaître dans les six mois à venir.
Sun Microsystems parviendra-t-il à écoper et à prendre de nouveau le large vers des eaux plus clémentes ? Jusqu'à présent, les suppressions de postes n'ont pas permis à la firme californienne de renouer avec les bénéfices, même si des chiffres récents pourraient laisser espérer une accalmie. En effet, la publication, par le cabinet d'études Gartner, des résultats de vente du marché des serveurs au premier trimestre 2006, permet d'envisager une embellie.
Pour la première fois, après presque deux ans de disette, le constructeur affiche une hausse de ses revenus, tirés par les ventes de ses UltraSparc et de ses serveurs Opteron. Il est toutefois encore prématuré de parler de reprise, même si la réussite commerciale actuelle du fondeur AMD pourrait offrir un moteur de croissance à Sun.
Si une reprise durable devait s'amorcer, Jonathan Schwartz semble bel et bien pressenti comme l'un des acteurs majeurs de sa concrétisation. Tout juste âgé de 40 ans, il a succédé à Scott McNealy, co-fondateur de Sun, au poste de directeur général, place qu'il occupait depuis 1984 (lire l'article du 26/04/2006). Ce remaniement marque le changement de cap pris par Sun, à savoir une stratégie beaucoup plus axée sur le logiciel, et un désengagement progressif du hardware, son domaine d'activité historique.
La décision de Jonathan Schwartz de réduire les effectifs de l'entreprise de 13% est une illustration directe de cette volonté de changement. La division "développement" des systèmes et processeurs SPARC devrait a priori être la première affectée par les licenciements. Martin Kariithi, analyste auprès du Technology Business Research, estime que Sun devrait en partie externaliser le développement de ses processeurs maison en s'appuyant sur son partenariat avec Fujitsu.
Une politique de partenariat avec les constructeurs de composants
De manière assez comparable, Sun a confié à AMD la responsabilité d'équiper en processeurs sa nouvelle gamme de serveurs Niagara. Un choix qui lui permet à la fois de profiter de la croissance des ventes de son partenaire commercial, tout en accentuant sa politique de réduction des coûts.
Un changement de cap au sein de Sun ne se fera bien évidemment pas sans heurts et le succès ne sera pas nécessairement non plus au rendez-vous. L'issue du challenge orchestrée par Jonathan Schwartz demeure incertaine.
Néanmoins, le nouveau barreur du navire Sun n'en est plus à son coup d'essai, puisqu'il est déjà à l'origine du virage vers le logiciel libre. Or c'est probablement en misant sur l'Open Source que Sun peut escompter renouer avec la croissance. Ainsi, en janvier 2005, la firme américaine annonçait la disponibilité du code source de son système d'exploitation, OpenSolaris, sous licence Common Development and Distribution License (CDDL).
De la même manière, Sun a ouvert à la communauté du Libre le code de ses applications StarOffice, Sun Studio 11, Java Enterprise System et N1. Initiative plus surprenante, l'ouverture des spécifications de son architecture UltraSPARC (OpenSPARC).
Réclamée depuis déjà plusieurs années, le langage de programmation Java sera finalement porté sous licence Open Source. C'est Richard Green, nouveau vice-président de la section logiciels de Sun, qui en a fait l'annonce à l'occasion de la dernière conférence JavaOne qui s'est déroulée en mai à San Francisco (lire l'article du 22/05/2006). L'ouverture de Java et sa nouvelle licence, Operating System Distributor's License for Java, permettra en outre à Ubuntu et à Debian d'inclure l'environnement d'exécution (JRE) et le Java Development Kit (JDK) dans leurs distributions.
L'Open Source, au centre de la stratégie logicielle
La conférence JavaOne 2006 fut également l'occasion pour Jonathan Schwartz et Simon Phibbs, en charge de l'Open Source au sein de Sun, de rappeler leur attachement au développement des relations avec la communauté du logiciel libre.
Néanmoins et en dépit de gestes forts, Sun doit encore convaincre. Il est vrai que l'entreprise a parfois semblé versatile dans sa communication, alternant rapprochements et défiance à l'égard de la communauté open source.
De plus, les licences accordées sur ses logiciels ne sont pas sans essuyer quelques critiques, notamment celle de Solaris. Selon les termes de la licence, toute modification effectuée sur le code source de son système d'exploitation devient la propriété exclusive de Sun. Des restrictions qui ne satisfont par conséquent pas pleinement les partisans du libre.
On l'aura compris, la route s'annonce encore longue et semée d'embûches pour Sun et Jonathan Schwartz. Celui-ci aura probablement à cœur de faire oublier les hésitations de son prédécesseur, Scott McNealy, vis-à-vis de l'Open Source.
Tout comme ses concurrents, il devrait également accorder une attention particulière aux services en ligne et aux marchés émergents. La compétitivité et la réduction des coûts sont deux chantiers que Sun devra conduire de front s'il veut espérer s'engager durablement sur le sentier de la reprise.
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