Savoir intégrer la RFID
Mise en œuvre correctement, une bonne technologie peut améliorer n’importe quel système de gestion de la chaîne d’approvisionnement. Prenez le temps d’étudier la meilleure façon d’y parvenir.
par Marlo Brooke
L’identification par radiofréquences (RFID) est de plus en plus perçue comme une véritable aubaine lorsqu’il s’agit d’accroître l’efficacité de la chaîne d’approvisionnement. Toutefois, dans les faits, il ne s’agit pas d’une panacée, mais bien d’un outil s’inscrivant dans une démarche plus large. Et lorsqu’on la traite comme telle, la RFID devient un élément très précieux dans l’amélioration de la gestion de la chaîne d’approvisionnement.
La RFID est, en fait, un concept au service d’une vision plus large, mise de l’avant par EPCGlobal dans le cadre d’une démarche à portée internationale, menée conjointement par EAN International et l’Uniform Code Council (UCC). La vision d’EPCGlobal est une économie entièrement réseautée dans laquelle l’offre et la demande sont parfaitement synchronisées, de sorte que dès qu’un article est utilisé, acheté ou consommé, un indicateur le signale automatiquement à tous les fournisseurs concernés jusqu’à l’étape de l’approvisionnement en matières premières.
Parce qu’elle permet d’informatiser toutes les pièces du puzzle, la RFID est appelée à jouer un rôle important dans une telle démarche. Elle élimine les incertitudes et crée une sorte de synchronisme à l’intérieur de la chaîne d’approvisionnement : diminution des pénuries et surplus de matières premières et de stocks, réduction de l’espace nécessaire à l’entreposage, etc.
Toutefois, la RFID n’est qu’un des éléments essentiels à la gestion efficace de la chaîne d’approvisionnement. En effet, il se peut qu’une entreprise respecte toutes les exigences établies par l’un de ses gros clients, mais qu’elle ne parvienne pas à profiter vraiment de la RFID. Pour en tirer pleinement profit, il importe de créer un nouveau modèle fonctionnel, soit la « chaîne de valeur synchronisée ». Tous les changements technologiques et opérationnels doivent ajouter de la valeur, et chacune des mesures que l’on prend doit contribuer directement à la rentabilité. La RFID constitue un petit élément de cet ensemble.
Avant l’implantation de la RFID
Pour que la RFID soit un atout et procure un rendement sur le capital investi, il faut d’abord implanter un réseau mondial de synchronisation des données (Global Data Synchronization Network ou GDSN, que l’on désignait autrefois par UCCnet).
Le réseau GDSN constitue un complément de la RFID; il est d’ailleurs appuyé par les mêmes organismes qui font la promotion de la RFID pour la gestion de la chaîne d’approvisionnement, et de grandes entreprises comme Wal-Mart l’exigent de la part de leurs fournisseurs. Le réseau mondial de synchronisation des données est le fondement même du principe de la chaîne de valeur synchronisée.
La RFID porte sur le mouvement des données, tandis que le réseau GDSN concerne les données statiques et aide les entreprises à se préparer de façon très structurée à l’implantation de la RFID. Mis en œuvre correctement, ce réseau permet à l’entreprise de rationaliser ses données et ses processus internes relatifs à la gestion des données sur ses produits. L’objectif de la démarche est d’offrir au fournisseur une porte d’entrée unique pour les données sur ses produits, afin de lui permettre de saisir ces données une seule fois. Ce processus a pour effet de résoudre un problème omniprésent : on estime qu’à tout moment, 30 % des données dont disposent les partenaires commerciaux sur les produits sont erronées. Le réseau GDSN est une porte d’entrée unique et uniformisée. Tandis que la RFID est centrée sur un seul produit à la fois et sur le déplacement de ce dernier dans la chaîne d’approvisionnement, le réseau GDSN concerne plutôt la communication de données statiques sur les produits et l’entreprise.
Le rendement immédiat du capital investi (RCI) est sans doute l’aspect le plus formidable du réseau GDSN. Chez l’un de nos clients, nous avons découvert une façon de récupérer en sept mois le capital investi dans un seul service, sans compter les retombées possibles dans le reste de l’organisation. Chez un autre client, un petit fabricant ayant un chiffre d’affaires de moins de 200 millions de dollars, nous avons mis en œuvre le réseau GDSN de manière à récupérer un million de dollars par année, une fois le système entièrement réalisé. Un tel retour sur l’investissement allait couvrir plusieurs fois le coût de l’ensemble du programme de RFID.
Le réseau GDSN constitue une infrastructure qui permet la collaboration avec les fournisseurs et les clients, ce qui contribue à créer des points de jonction cruciaux de l’offre et de la demande. Il établit également l’assise pour la mise en place de la RFID. Tant du point de vue des processus que sur le plan des coûts, il s’agit du moyen le plus pratique de préparer l’entreprise pour la RFID.
Une démarche stratégique
Les entreprises à succès prennent soin de ne pas considérer la RFID comme une mesure prise simplement pour se plier aux exigences de leurs principaux clients. Il faut absolument que la haute direction perçoive la RFID comme un élément important de son plan d’affaires stratégique annuel. Il s’agit d’une pièce intimement liée à ce plan, et le nouveau système doit être soigneusement associé aux objectifs stratégiques de l’année en cours, afin de favoriser l’accroissement du bénéfice et des ventes.
Pour ce faire, il est indispensable que la démarche ait l’appui de tous les échelons de la haute direction. Il subsiste toujours le risque que la RFID soit éventuellement cantonnée dans un service particulier, qu’elle se limite au service des TI ou qu’elle devienne un sujet politique délicat, ce qui conduit infailliblement à l’échec.
Par contre, lorsqu’elle s’inscrit de plain-pied dans le plan stratégique global de l’entreprise, la mise en œuvre de la RFID devrait être liée à la réalisation de certains rendements sur le capital investi (RCI). Bon nombre d’entreprises cherchent pendant des mois à déterminer le RCI de leur projet de RFID et ne parviennent toujours pas à trouver la façon d’effectuer une analyse de rentabilisation. Pareille situation est inconcevable. Si l’entreprise y consacre plus de quelques semaines, c’est qu’il y a un sérieux problème, et l’effort n’est certainement pas suffisant pour que l’on puisse parler d’engagement.
La façon la plus facile de résoudre ce genre de dilemme consiste à poser la question suivante : « Si nous pouvions suivre à la trace n’importe quel élément voulu et utiliser cette information à volonté, quelles possibilités aurions-nous? » Autrement dit, qu’est-ce que la RFID peut vous apporter? C’est une question qui mérite que les meilleurs penseurs et visionnaires de l’entreprise s’y arrêtent; elle peut même justifier le recours à de l’expertise externe en la matière.
Ce simple questionnement suscite une attitude positive et proactive. Mais surtout, les idées ainsi générées au sein de votre entreprise peuvent intéresser les fournisseurs de solutions RFID et les inciter à travailler plus efficacement pour vous. Si vous n’avez pas cerné vos besoins, les fournisseurs peuvent vous vendre n’importe quoi et personne n’y gagnera.
Voici une autre question fondamentale à se poser : « Comment puis-je utiliser aujourd’hui les données supplémentaires que mes partenaires commerciaux et moi recueillons pour en faire profiter mon entreprise? »
La réponse à cette question dépend de nombreux facteurs, notamment du degré d’automatisation actuel au sein de l’industrie et de l’entreprise. Mais il faudra peut-être faire un meilleur suivi de produits qui pouvaient se perdre durant le transport (par exemple, des palettes de marchandises qui parviennent à la mauvaise destination), ou suivre le déplacement des marchandises à l’intérieur d’un magasin, ce qui permet de planifier les besoins de réapprovisionnement ou de mesurer en temps réel le succès des campagnes de promotion.
En posant ces questions et en déterminant la position stratégique du déploiement de la RFID, on peut établir plus aisément le RCI.
L’approche au plus juste
Voici une autre question qui peut amener les entreprises à créer effectivement une chaîne de valeur synchronisée : « Où se trouvent mes processus manuels dans la fabrication et la production? » Notre entreprise aborde la RFID selon la méthode Six Sigma. Essentiellement, celle-ci consiste à trouver des façons de mettre continuellement en œuvre des améliorations avant-gardistes permanentes comportant un délai mesurable pour récupérer le capital investi. On cherche alors où se trouvent les zones de gras dans la chaîne d’approvisionnement (les étapes sans valeur ajoutée) et les moyens de les éliminer systématiquement, en s’attaquant d’abord aux problèmes les plus coûteux. Le plus grand avantage de la méthode Six Sigma est de fournir des outils permettant de cerner des problèmes qui ne sont même pas connus, notamment le dédoublement, la présence de processus manuels qu’il est possible d’automatiser et de processus non encore définis. Cette approche est très avantageuse même au sein d’une entreprise qui n’a pas adopté officiellement la méthode Six Sigma.
Cela ne veut pas dire pour autant qu’il faille imposer la RFID dans des processus où elle n’a pas sa place. D’autres solutions (comme les codes à barres) peuvent s’avérer plus rentables et tout aussi efficaces. Si la RFID n’est pas la solution, il importe tout de même de le savoir. En matière de RFID, on gagne toujours à adopter une approche au plus juste.
La collaboration entre une entreprise et ses fournisseurs et clients génère des économies essentielles à la compétitivité dans une économie mondialisée où la rapidité est un facteur important, mais où l’exactitude l’est encore plus. En gérant de façon stratégique le déploiement d’un système de RFID, c’est-à-dire en posant les bonnes questions et en créant un environnement favorable au changement, l’entreprise peut réaliser des bénéfices appréciables.
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