Distribution : les groupes indiens veulent prendre de vitesse les géants mondiaux

Publié le par Stéphane Jeanneteau

La grande distribution :  l'actualité

Distribution : les groupes indiens veulent prendre de vitesse les géants mondiaux

 

LE MONDE | 13.11.06 | 14h27 • Mis à jour le 13.11.06 | 14h27

           

Avec l'ouverture, voici quelques jours, à Hyderabad (Andra Pradesh), de onze "épiceries", Reliance, le premier conglomérat indien, a posé les jalons d'une stratégie agressive de développement dans le commerce de détail.

 

Le groupe s'apprête à investir 8 milliards de dollars sur les trois prochaines années (6,2 milliards d'euros) dans ce secteur, selon des sources internes. Comptant être présent dans 35 villes d'ici à la fin 2006 et 750 en 2007, l'entreprise veut ouvrir des hypermarchés, grands magasins et magasins spécialisés, notamment dans le luxe. Objectif : atteindre un chiffre d'affaires de 21,7 milliards de dollars d'ici à 2011.

 
 

Tous les grands groupes indiens ont des projets dans un secteur aux immenses opportunités, évalué à 300 milliards de dollars. Tata, ITC (Indian Tobacco Company), Bharti, Godrej, sont déjà sur le marché, ou s'apprêtent à y entrer à travers les liens établis avec des fermiers.

 

Aujourd'hui, 97 % de la grande distribution se fait à travers de petites boutiques familiales et, avec un chiffre d'affaires de 450 millions de dollars, Pantaloon est le plus gros détaillant sur le marché.

 

Tous ces groupes veulent investir d'autant plus vite que les grands mondiaux - l'américain Wal-Mart, le français Carrefour ou l'anglais Tesco - lorgnent ce marché.

 

"RUÉE VERS L'OR"

 

"Nous sommes à l'époque de la ruée vers l'or. Il y a de la place pour beaucoup de monde mais venir vite est important. Attendre peut être coûteux", relève Ashitava Sen, principal consultant pour la grande distribution à PricewaterhouseCoopers. "Il est ambitieux de penser que l'Inde permettra d'un coup 100 % d'investissements étrangers dans le commerce de détail. La meilleure option est de chercher un partenaire local pour prendre place."

 

C'est la stratégie adoptée par Carrefour. Une équipe est sur place depuis plusieurs mois afin d'examiner les possibilités d'implantation, même si le président du groupe, José-Luis Duran, ne précise pas de calendrier : "L'Inde est une opportunité à saisir à moyen terme, qui passe par la recherche d'un partenaire", affirme-t-il.

 

Les étrangers, en effet, sont plus ou moins écartés. La loi indienne n'autorise l'investissement direct étranger à 100 % que pour la vente en gros. La chaîne allemande Metro opère ainsi plusieurs centres de distribution à travers l'Inde.

 

"Le gouvernement désire ouvrir la grande distribution aux investissements étrangers, mais il doit tenir compte des compulsions politiques", affirme M. Sen. Allié indispensable de la coalition gouvernementale conduite par le réformiste Manmohan Singh, le Parti communiste s'oppose à l'arrivée des groupes étrangers, évoquant la protection des 12 millions d'employés des magasins familiaux.

 

Les groupes indiens ont aussi demandé au gouvernement de leur donner le temps d'entrer sur le marché avant d'ouvrir celui-ci aux étrangers.

 

"Aucune de ces entreprises n'a la moindre idée des exigences de la grande distribution et elles ont intérêt à s'associer pour acquérir l'expertise", note un professionnel.

 

"Les intérêts des consommateurs ne sont jamais pris en compte, or ce sont eux qui bénéficieront de l'arrivée de supermarchés", affirme M. Sen. En Inde, la chaîne alimentaire est désorganisée et, souligne-t-il, "entre le fermier et le consommateur, il y a de six à huit intermédiaires qui se payent".

 

Le manque de capacités de stockage, la déficience ou l'absence de chaîne du froid, la mauvaise qualité de l'emballage coûtent à l'Inde quelque 10 milliards de dollars par an. L'établissement d'une chaîne alimentaire moderne est un des objectifs prioritaires selon les professionnels.

 

Ceux-ci estiment aussi que l'ouverture du secteur pourrait créer des emplois compensant les éventuelles reconversions des fermiers. Reliance envisage de recruter 1 million de personnes dans les deux ans à venir.

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Publié dans Les news

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