Auchan/ONA: Ça chauffe encore

· Dubrulle se dit consterné par la position du holding
· La sentence arbitrale: Une décision non unanime
La hache de guerre entre Auchan et l’ONA n’est toujours pas enterrée. Les deux partenaires poursuivent les hostilités par presse interposée, et le flot d’inimitié ne semble pas près de se tarir.
La réaction de Christophe Dubrulle, président du directoire du groupe Auchan, aux déclarations de Saâd Bendidi, PDG de l’ONA, dans un entretien accordé à L’Economiste (cf. notre édition du vendredi 26 janvier), est pour le moins virulente.
Dans des propos recueillis par le quotidien Les Echos (édition du mercredi 31 janvier), Dubrulle se dit consterné et parle d’un coup de force de l’ONA. «La position de Bendidi n’est pas de nature à favoriser notre entreprise commune pour bâtir des affaires durables», a-t-il déclaré au quotidien français. Et d’ajouter, presque menaçant: «… Il y a des limites à ne pas dépasser; nous allons regarder de très près tout ce qui est possible de faire».
Le président du groupe français conteste les déclarations du patron de l’ONA concernant la possibilité du refus des décisions du conseil de surveillance et de leur soumission à l’assemblée générale avec un vote à majorité simple. Le cas nécessiterait, selon lui, une assemblée générale extraordinaire avec une majorité des deux tiers, qui requiert, souligne-t-il, l’accord d’Auchan.
Dubrulle rejette même la responsabilité du retard des investissements, pomme de discorde, entre les deux groupes, sur l’ONA: «Je rappelle […], à propos du rythme de développement de nos affaires, que le représentant de l’ONA chez Marjane n’a donné son accord que pour un projet d’hypermarché, considérant lui aussi qu’il fallait des études complémentaires».
Auchan, «sleeping partner»? «Il n’en est pas question», répondra avec véhémence le président au journaliste. Il n’entend pas non plus plier bagage, puisqu’il affirme que le groupe «n’a pas l’habitude de se retirer à la première difficulté. Nous souhaitons essayer de trouver des solutions intelligentes pour l’avenir», dit-il en concluant l’entretien.
Pour rappel, le conflit entre le holding et son partenaire français porte essentiellement sur la représentativité de chacun dans les organes décisionnels des groupes Marjane et Acima.
L’ONA souhaitait que sa présence soit conforme à la configuration du capital (51% contre 49% pour Auchan). La décision entérinée en conseil de surveillance n’était pas du goût d’Auchan.
D’où le recours à une commission d’arbitrage. Celle-ci a désavoué le groupe français, autorisant donc la nomination d’un deuxième membre du directoire pour Marjane et Acima, relevant de l’ONA. La sentence a ainsi cassé la parité en vigueur auparavant, donnant du coup au holding marocain une plus grande représentativité.
Le tribunal arbitral était composé de 3 médiateurs, un choisi par chaque partie et un président désigné par le tribunal de commerce de Casablanca.
Dubrulle affirme que l’arbitre retenu par Auchan n’a pas signé cette sentence.