Formation au PGI : l'offensive des éditeurs

Le manque de consultants inquiète les éditeurs de PGI qui renforcent leurs partenariats avec les SSII, les centres de formation et l'Education nationale.
Ludovic Arbelet , 01 Informatique (n° 1888), le 21/02/2007 à 07h00
Administrateur des ventes, assistant contrôleur de gestion, responsable des ressources humaines... Ces métiers exigent désormais la connaissance des progiciels de gestion intégrés (PGI). Et c'est l'une des raisons pour laquelle l'IUT de Tarbes a planché sur le sujet. Résultat : les 24 étudiants de la promotion de licence professionnelle Systèmes d'information intégrés et communication (SIC) bénéficient désormais de modules de formation aux PGI.
« Cette licence répond à un besoin professionnel. En premier lieu parce que la mise en place de ces progiciels dans les entreprises entraîne des coûts cachés de formation, d'information et de communication », estime Bertrand Fauré, responsable de la licence SIC.
L'IUT de Tarbes n'est pas le seul à avoir récemment introduit le PGI dans son cursus de formation. L'IUT de l'Université Paris-V vient aussi de lui ouvrir ses salles de cours. Et les entreprises se ruent déjà sur les étudiants. « Nous formons actuellement une quinzaine de personnes, mais le marché pourrait en absorber 1500 », se réjouit Daniel Alban, responsable de la licence professionnelle Système d'information et logiciel. Le module PGI, qui constitue l'une des trois spécialisations de cette licence, forme des paramétreurs. Le parcours est découpé en quatre étapes : la présentation de la problématique PGI, la formation à un outil, l'initiation à la conduite de projet et, enfin, la réalisation d'un projet mené sous la responsabilité d'un consultant de Sage (ex-Adonix).
L'enseignement privé enrichit, lui aussi, son offre de formation. Un nouveau master consultant ERP ouvrira ses salles de cours le 12 février prochain à Paris. Cette formation en alternance, dispensée par l'Ecole privée des sciences informatiques (Epsi), a pour ambition de répondre directement aux besoins du marché. Au point que Sopra, partenaire de cette formation avec SAP, fait une belle promesse aux 30 à 40 étudiants de la première promotion. « Nous garantissons l'embauche des personnes ayant obtenu leur master », affirme Noël Bouffard, directeur délégué à la direction générale de Sopra. Raison pour laquelle les étudiants doivent choisir une spécialisation métier : finance, logistique... sur SAP.
Les étudiants veulent être plus opérationnels
Les formations de l'Education nationale prennent donc progressivement en compte les besoins liés aux PGI. En général, trois points les caractérisent. Tout d'abord, écoles et universités s'adressent généralement à des étudiants en formation initiale. Ensuite, elles offrent un enseignement de management de projet, peu présent dans les formations professionnelles interentreprises (réunissant des salariés de différentes sociétés). Enfin, une partie du cursus repose sur du contenu générique, voire théorique. C'est d'ailleurs tout l'intérêt et toute la difficulté à laquelle est confrontée l'Education nationale : les cursus doivent rester indépendants d'un produit commercial particulier.
« Un cours de GPAO [gestion de production assistée par ordinateur, NDLR] sur SAP doit rester un cours de GPAO. Tous les enseignants de l'Education nationale se heurtent à ce problème. Dans le même temps, les étudiants cherchent à être opérationnels », constate Claire Heitz, déléguée à l'évolution des emplois et des compétences au Syntec. L'Education nationale examine donc une démarche intermédiaire, qui commence à se profiler, à l'image de ce que propose l'IUT de Paris-V, dont la formation mêle cours génériques et utilisation d'un progiciel en particulier. Tandis que l'éditeur Sage embauche les deux premiers de la promotion, « d'autres diplômés sont, aujourd'hui, salariés dans des sociétés de services, qui ne travaillent pas forcément sur les solutions de Sage, mais ont besoin de personnes connaissant les PGI », constate Daniel Alban.
Pour être immédiatement opérationnel, mieux vaut, cependant, se tourner vers les formations interentreprises. Avec pour risque de limiter les possibilités d'évolution de carrières par une compétence trop liée à un outil. Ces formations sont dispensées soit par les éditeurs, soit par un partenaire, une SSII ou un spécialiste de la formation. L'offre est, là aussi, très dynamique. A l'instar d'Oracle, qui tente d'adapter son catalogue pédagogique à celui de ses progiciels toujours plus nombreux. L'éditeur muscle son offre notamment en développant son réseau de partenaires à l'aide du programme Oracle University.
Comme ses concurrents, la firme intervient sur les domaines technique et fonctionnel. L'objectif, ambitieux, consiste à former, en France, 350 consultants PGI dans les deux prochaines années. A la fin de la première session, en juillet dernier, 44 collaborateurs répartis entre les partenaires Bearing Point, Capgemini, KSA et Steria, ont obtenu ce statut. La seconde campagne de formation devrait toucher 64 personnes réparties chez huit partenaires. « Ce programme aide des fonctionnels à obtenir une double compétence, métier et informatique. Il cible un produit particulier, tel qu'Oracle e-Business Suite ou Peoplesoft RH », précise Jean-Jacques Panissie, responsable du programme University.
Autre particularité : les sessions se déroulent dans les locaux d'Oracle. Contrairement à Microsoft, qui ne délivre aucune formation directement, préférant laisser ses partenaires s'en charger. L'éditeur réfléchit néanmoins à deux approches, dont l'une consiste à augmenter le nombre de consultants PGI avant-vente pour faire face à la pénurie de compétences. « Nous disposons de plusieurs leviers. L'un d'entre eux repose sur la présence de ERP Dynamics dans les formations de troisième cycle », explique Valérie Gelperowic, responsable marketing pour Channel Microsoft Business Solutions. Le second axe vise à reconstruire une méthodologie globale avec certification à la clé. Ce travail devrait être terminé en avril.
Quelque 1200 sessions de formations délivrées à 10 000 stagiaires. Tel est le bilan chiffré des enseignements dispensés par SAP à ses clients et partenaires. Auquel il faut ajouter la forte présence de l'éditeur dans les universités et écoles de l'enseignement supérieur. Comme ses concurrents, l'éditeur allemand ne délivre pas de véritable formation au management de projet. Un problème qui explique les difficultés rencontrées dans le déploiement des PGI. « Mes consultants se forment en s'appuyant sur trois axes que sont le métier, l'outil et la conduite de projet et de changement. Si l'un d'eux est négligé, on risque d'aller au-devant de difficultés », alerte Frédéric Fournier, dirigeant d'Aimagest, intégrateur des PGI Divalto et Navision.
Autre défi à relever : les PME. De plus en plus nombreuses à s'équiper, elles disposent de moyens de formation très limités. Hédiard en a fait l'expérience. Lors de l'adoption du progiciel JD Edwards, l'entreprise de 200 salariés a choisi de former un utilisateur clé par service qui à son tour transmet ses acquis à ses collègues. « C'est une démarche très difficile à mettre en oeuvre, car ces utilisateurs ont déjà des journées très chargées », regrette Stephan Krymer, directeur administratif et financier de l'épicier de luxe.
Les universités et les écoles introduisent progressivement le PGI dans leurs cursus. Les formations, qui vont de bac+2 à bac+5, comprennent souvent un parcours de management de projet.
Elles concernent un PGI particulier et une fonction précise (achat, vente, gestion, finances, etc.), et donnent la possibilité d'être immédiatement opérationnel. Avec le risque, toutefois, d'être moins préparé à évoluer, notamment passer d'un progiciel à un autre ou s'orienter vers l'encadrement.
Les politiques de formation de trois grands acteurs du PGI
Formations inter-entreprises : deux types de formation : technique et fonctionnelle. Un programme spécifique forme des consultants, en finance, ressources humaines et relation client, qui seront embauchés dans certaines SSII.
Certifications : certifications sur Oracle e-Business Suite (consultant finance, consultant gestion de la chaîne logistique, administrateur technique des applications) et certifications pour Siebel.
Présence dans les formations des écoles ou des universités : non.
Formations interentreprises : les formations portent sur un produit particulier (AX 3.0, NAV 4.0) et sur un module précis, soit fonctionnel soit technique.
Certifications : certifications consultant AX 3.0 sur un domaine particulier (consultant finance, consultant gestion, consultant manufacturing, etc.). Même principe pour Navision 4.0. Certifications techniques.
Présence dans les formations des écoles ou des universités : non. Discussions pour bâtir des partenariats avec des étudiants de 3 e cycle.
Formations interentreprises : plus de 200 cours (présentation des solutions, formations techniques, sur les architectures, fonctionnelles, etc.). La durée varie de quelques jours à plusieurs semaines.
Certifications : certification qui porte sur un domaine technique particulier avec un seul niveau de certification (consultant SAP). Projet d'inclure d'autres niveaux de certification.
Présence dans les formations des écoles ou des universités : oui, dans de nombreux établissements de bac+2 à bac+5.