Carrefour cherche un nouveau souffle en France
Après la révolution de palais de mercredi, José Luis Duran a présenté des résultats sans surprise.
« IL RESTE beaucoup à faire. » José Luis Duran n'avait pas la tâche facile hier. Il présentait les résultats du groupe au lendemain de la démission de Luc Vandevelde de la présidence du conseil de surveillance de Carrefour et de l'arrivée surprise au capital de Groupe Arnault et Colony Capital. D'entrée de jeu, le président du directoire s'est voulu rassurant. « Nous avons accueilli les nouveaux actionnaires comme il se doit », a-t-il dit, soulignant que le conseil de surveillance, désormais présidé par Robert Halley, avait « confirmé à l'unanimité sa confiance dans le directoire ». Silence sur les éventuelles indemnités de départ de Luc Vandevelde. C'est plus tard qu'un porte-parole a assuré qu'il n'en avait pas négociées à la suite de son départ.
Les résultats donc... L'année 2006 n'a pas été une partie de plaisir. Depuis deux ans, les hypermarchés Carrefour regagnent des parts de marché en France. Mais les marges ont souffert. Elles ont reculé à 4,5 % du chiffre d'affaires (contre 4,7 % en 2005). Les perspectives ne sont guère encourageantes.
Loyers trop élevés
« L'Europe, a prévenu José Luis Duran, est un marché mature caractérisé par une croissance faible, dans un environnement déflationniste qui ne devrait pas évoluer de manière significative à court et moyen terme. » Il n'y aura donc pas de miracle, mais plutôt à une poursuite des efforts. « Nous ne lâcherons rien sur les prix, a martelé José Luis Duran. Nous ne gagnerons des parts de marché que si nous sommes le leader en prix localement. C'est une priorité absolue. Le moindre relâchement sera sanctionné. »
Pour vendre plus, le groupe doit revoir ses rayons et pousser ses feux hors d'Europe reste la clé. La Russie et l'Inde sont les prochains terrains de chasse. Mais José Luis Duran est prudent. L'an dernier, Carrefour a ouvert près d'un millier de magasins dans le monde. Au total, 1,4 million de mètres carrés ont été ouverts... mais 600 000 sont sortis du parc. À l'horizon 2008, l'objectif reste une croissance à deux chiffres du chiffre d'affaires et du résultat opérationnel. Mais cela passe par des acquisitions tactiques et reste conditionné à l'évolution de la France. « Nous privilégierons le chiffre d'affaires et les parts de marché au résultat », a souligné José Luis Duran.
Après des séances d'euphorie, l'action a perdu hier 1,17 % à 52,18 euros, deuxième plus forte baisse du CAC 40. Les investisseurs attendent des nouveaux actionnaires qui cherchent à davantage valoriser l'immobilier du groupe : 6 millions de mètres carrés, estimés entre 15 et 20 milliards d'euros par José Luis Duran hier. « L'immobilier peut être un vecteur de création de valeur pour les actionnaires », a-t-il reconnu.
Le groupe a déjà vendu ses galeries marchandes en 2000. En 2004, il avait créé une société immobilière pour y loger les murs des magasins et y associer un partenaire. Le projet a été gelé. De fait, leurs faibles marges ne permettent pas aux distributeurs de payer des loyers trop élevés. De ce point de vue, ils préfèrent rester maîtres chez eux d'autant qu'ils peuvent réagencer leurs magasins à leur guise.