Casino et la famille Baud, de tribunal en tribunal

Aller au pénal peut parfois rendre service quand deux entreprises sont en bagarre commerciale ou financière : "Cela permet de bloquer les dossiers, de faire lâcher son adversaire sur un prix d'achat ou de vente", raconte un professeur de droit. La guerre actuelle entre la famille Baud, fondatrice de Leader Price et de Franprix, et le groupe Casino qui contrôle ces enseignes, relève-t-elle de cette stratégie ou d'une remise en question brutale après un mariage raté ? Impossible à dire tant l'affaire est complexe et à rebondissements. Actionnaire à 95 % de Franprix et à 75 % de Leader Price, le groupe de Jean-Charles Naouri a débarqué, depuis mars, Jean Baud et ses descendants, qui continuaient à assurer la gestion de la société et bénéficiaient d'une option de vente sur leurs participations minoritaires en 2008. Ces derniers ont alors demandé à revendre leurs actions comme le prévoyaient leurs accords... sauf faute grave.
Mais Casino a engagé une procédure d'arbitrage, estimant que la famille fondatrice a privilégié le bénéfice de ses filiales - par une politique de prix trop peu agressive - au détriment des parts de marché des enseignes, et ce afin d'améliorer la valorisation de ses participations. Il lui reproche aussi de possibles abus de biens sociaux, contre lesquels il a déposé plainte ou devrait le faire, notamment sur des paiements indus à un prestataire ou des remboursements de frais. Réfutant ces allégations, les Baud ont saisi le tribunal de commerce pour obtenir communication des comptes 2006 de la société, toujours pas arrêtés.
L'affaire se corse car le PDG de Casino a aussi déposé une plainte contre M. Baud auprès du procureur de la République de Créteil pour "menaces". Le patron déchu aurait ainsi déclaré en assemblée générale : "Je comprends que votre patron ait besoin de gardes du corps." Il est aussi l'objet d'une plainte déposée par un dirigeant de Franprix pour "menaces", ainsi que pour mise en danger délibérée de la vie d'autrui, vol et violation de domicile. Elle fait suite à la visite de M. Baud, de ses fils Robert et Bernard et de son gendre François Fiat sur le site de l'entreprise à Chennevières en mars, où ils n'étaient pas persona grata. Ils ont récupéré des dossiers et seraient sortis en voiture à vive allure...
Source : www.lemonde.fr