Le Printemps vendu cet été...Pinault, version luxe

Publié le par Stéphane Jeanneteau

Le Printemps vendu cet été...Pinault, version luxe
 
Très rentables et glamour, Gucci et les autres marques de luxe font plus rêver François-Henri Pinault que ses grands magasins
 
PPR a perdu un P. Le Printemps, deuxième P du groupe, a été vendu en début de semaine. Le grand magasin du boulevard Haussmann et ses 17 magasins de province ont été cédés à Maurizio Borletti, président et actionnaire des grands magasins italiens La Rinascente pour 1,1 milliard d'euros. Cette opération est une nouvelle confirmation du désamour des dirigeants de PPR pour la distribution. Vente des activités historiques dans le bois et la distribution spécialisée à la fin des années 1990 et rachat pour 10 milliards d'euros de l'italien Gucci et du français Yves Saint Laurent, le luxe est bel et bien le nouveau cheval de bataille de François-Henri Pinault (FHP), patron de PPR. Mais si FHP est attiré par les marges alléchantes du luxe, il n'entend pas pour autant brader ses actifs dans la distribution.
Les prix ont flambé, alors qu'aucun acheteur n'avait fait d'offre à 600 millions d'euros il y a quelques mois. Les candidats se sont bousculés. Une aubaine pour Pinault et son banquier conseil Rothschild. Des grands magasins comme les Galeries Lafayette, l'espagnol Corte Inglés ou l'italien La Rinascente étaient sur les rangs. Ainsi que des sociétés foncières comme Unibail ou Rodamco. Mais la Rinascente, alliée à la banque Natexis, l'a emporté. La société refuse de commenter. Un proche de FHP affirme «vouloir conserver l'ADN du groupe avec ses deux pôles : la distribution et le luxe. La priorité pour François-Henri, c'est la croissance interne et à l'international». Quant à la prédilection du patron pour le luxe ? Un vieil intérêt ? Lors de son service militaire en coopé-ration au consulat de France à Los Angeles, François-Henri était déjà en charge du développement de la mode et des défilés. « Il ne s'intéresse pas au luxe pour les paillettes. Seulement, comme il connaissait cette activité moins bien que la distribution, il a dû s'y plonger.»
 
 
En tout cas, si le groupe demeure un gros acteur de la distribution, qui pèse près de 83% de ses 14,7 milliards d'euros de chiffre d'affaires, avec Conforama, la Fnac, Redcats..., le luxe avec Gucci en pleine forme, Yves Saint Laurent, Boucheron et consorts représente près de 36% des profits opérationnels du groupe. «Le concept des grands magasins s'essouffle, estime Philippe Jaegy, vice-président du consultant Solving International. A défaut de devenir un distributeur de produits de luxe comme l'américain Barneys ou le Bon Marché à Paris, les grands magasins sont coincés entre les marques de luxe qui ont leur propre réseau de boutiques et les chaînes internationales moyen de gamme pour les jeunes comme Zara.» Un banquier d'affaires, grand connaisseur de cette activité, pronostique : « D'ici à trois ans, PPR ne sera plus présent dans la distribution.» Avec 5% de rentabilité, l'activité distribution de PPR rapporte beaucoup moins que le luxe (13%). Et lorsque YSL, encore en redressement, et les petites marques en développement seront bénéficiaires, les marges augmenteront singulièrement.
A l'idée d'un cap sur le luxe chez PPR, les marchés financiers applaudissent des deux mains. «C'est une très bonne nouvelle, estime Jean-Noël Vieille, analyste chez Aurel Leven. Les ratios de PPR sont encore loin de ceux de LVMH. La stratégie de Pinault est patrimoniale. En devenant un pur acteur du luxe, la valeur de l'action montera, car le luxe est valorisé par la Bourse beaucoup plus cher que la distribution.» Avis partagé par Guy Francheteau, de Fideuram Wargny. «Désinvestir du Printemps en haut de cycle de l'immobilier, bravo. Ils pourraient ensuite vendre Conforama, qui n'enrichit pas leur image, réduire encore la dette et racheter des sociétés de luxe.» Les dossiers dans le luxe ne courent pas les rues, mais certaines griffes du groupe Richemont comme Dunhill ou Lancel peuvent être séduisantes. Et un jour peut-être Hugo Boss ou le mythique Hermès, au capital pourtant bien contrôlé par la famille. Mais Bernard Arnault, le patron de LVMH, en rêverait aussi ! Seuls les salariés du Printemps ne rêvent pas. « Que vont devenir les 5 200 salariés du Printemps? s'inquiète Marie-Josée Révillon, déléguée CFTC du Printemps. Nous allons être vigilants et très attentifs à leur sort avec le nouveau repreneur.»
 
Actifs dans la distribution : Printemps, Conforama, Redcats, La Redoute, Fnac, Citadium, Surcouf...
 
Marques de luxe : Gucci, Bottega Veneta, Yves Saint Laurent, Balenciaga, Sergio Rossi, Alexander McQueen, Stella McCartney.
 
Corinne Tissier   Le nouvel Observateur
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