Vers la fin des caissières ?
Comme certains de ses concurrents, Auchan va expérimenter cette année, dans plusieurs hypermarchés, l'installation de caisses sans caissières. Le principe est simple : les clients doivent eux-mêmes passer une sorte de pistolet sur chaque objet acheté afin de le scanner avant de payer à une borne prévue à cet effet.
La CFDT s'insurge contre cette expérience et parle de "casse à l'emploi". Selon le syndicat, 4 000 postes seraient menacés chez Auchan. Ce ne serait là que la partie émergée de l'iceberg : la grande distribution compte 170 000 caissières et même 400 000 si l'on inclut les magasins de bricolage, d'ameublement et de sport.
Interrogée par l'AFP, la direction d'Auchan tient évidemment un tout autre discours. Elle affirme qu'"il n'y aura aucun licenciement", que "la majorité des caisses traditionnelles demeurera" et que "le but est d'ouvrir davantage de caisses en permanence". Selon elle, "il s'agit avant tout de répondre aux fortes attentes des clients en termes de gain de temps".
Remplacer le salarié par une machine est une idée aussi vieille que la révolution industrielle. Alors que les péages d'autoroutes sont automatisés depuis longtemps et que seules les réticences des passagers empêchent encore les compagnies aériennes à transformer les avions commerciaux en drones sans pilotes, les caisses sans caissières ne posent évidemment aucun problème technique.
Les syndicats qui, jadis, se sont battus contre les distributeurs automatiques des banques qui supprimaient, selon eux, le travail des guichetiers, savent qu'ils ont peu d'illusions à se faire.
Sans polémiquer, et même si l'on déplore la "wal-martisation" (du nom du géant américain Wal-Mart) des emplois de la grande distribution, un des secteurs où les salaires sont déjà les plus bas malgré les profits réalisés, il y a fort à craindre qu'une augmentation brutale du smic n'accélère le processus. Mais, à l'inverse, celui-ci pourrait bien être freiné par l'obligation de multiplier les caméras et les vigiles, contrepartie probable à l'automatisation des caisses.
C'est le client qui tranchera. Sera-t-il sensible aux gains de temps promis par la direction d'Auchan ? Sera-t-il au contraire refroidi par la déshumanisation des grandes surfaces ? Jusqu'à présent, les expériences d'automatisation des caisses n'ont pas paru très concluantes. Dans certains pays comme le Japon, où le vieillissement de la population est déjà une réalité tangible, certains magasins recrutent même des vendeurs quinquagénaires pour satisfaire la clientèle à cheveux gris (Le Monde daté 4 -5 mars). Technologiquement possible, la généralisation des caisses automatiques est donc sociologiquement peu vraisemblable.
Frédéric Lemaître
Source : Article paru dans l'édition du 13.03.07. http://www.lemonde.fr/