Le prix du beurre allemand augmente de 50% et provoque de vifs débats politiques

Publié le par Stéphane Jeanneteau

ALIMENTATION. La Fédération allemande de l'industrie du lait justifie l'augmentation des prix par une demande asiatique croissante et les quotas de production imposés par la Politique agricole commune de l'Union européenne.

Jusqu'à 50% d'augmentation pour le beurre, 7 centimes de plus par litre de lait, les étiquettes allemandes ont changé le 1er août. Entre la demande croissante de l'Asie et les quotas de Bruxelles, le premier exportateur européen fait face à une polémique sur l'«or blanc».

Alors que la Suisse s'y prépare, la hausse du prix du lait en Allemagne a été accueillie cette semaine avec beaucoup de critiques. Le consommateur doit maintenant payer son beurre de première catégorie 1,19 euro (contre 0,79) et son lait 0,62 euro (contre 0,55). Le quark, le fromage ou encore les yaourts, tout le marché des produits laitiers est concerné par une hausse jugée «injustifiée» par le ministre de l'Agriculture allemand et par Bruxelles.

Comme chaque année, les exploitants agricoles ont rencontré les représentants de la grande distribution pour le renouvellement des contrats et, de fait, la fixation des nouveaux tarifs en vigueur. Mais ce sont cette fois les agriculteurs qui ont imposé leur prix, même si eux-mêmes n'en tirent finalement qu'un faible avantage, de 4 à 8 centimes par litre de lait.

La Fédération allemande de l'industrie laitière justifie cette augmentation par la demande toujours plus forte de l'Asie et en profite pour régler ses comptes à la Politique agricole commune de l'Union européenne. Les quotas fixés en 1984, où le lait était encore produit en abondance, ne seraient plus en adéquation avec le marché mondial. Au premier rang européen, l'Allemagne avait exporté à elle seule plus de 872000 tonnes de lait en 2005. «Les produits d'alimentation n'ont cessé de baisser ces dix dernières années. Les agriculteurs ont été les perdants de cette évolution», précise le président de la fédération, Gerd Sonnleitner. Une explication qui, selon les experts de l'Institut de recherche allemand (DIW), comme Alfred Steinherr, ne tient pas la route car «la demande» des pays émergents «augmente régulièrement depuis des années sans que l'Europe n'ait jusque-là augmenté ses prix de la même manière».

Bruxelles réagit dans un entretien donné à l'hebdomadaire allemand Bild am Sonntag, paru dimanche dernier, où la commissaire européenne à l'Agriculture, Mariann Fischer Boel, fustige cette hausse «injustifiée» et anormalement forte au vu «de la situation générale de l'approvisionnement au sein de l'Union européenne». Cette dernière observe «exactement les augmentations des prix sur le marché laitier et nous réagissons avec les moyens dont nous disposons», précise-t-elle. Mais Bruxelles n'exclut pas une hausse des quotas européens de production de lait avant la date butoir de 2015.

D'autres branches du marché alimentaire ont annoncé l'augmentation prochaine du prix du pain, de la viande ou encore de la bière, mais les réactions ont été moins vives. Il faut dire que le verre de lait reste le mythe de la force et de la croissance en Allemagne. Dès l'annonce de la hausse du prix des produits laitiers, l'alimentation des enfants de chômeurs a pris place dans le débat. Thea Dückert, des Verts, est montée au créneau: «Le lait n'est pas un produit de luxe et ne doit pas le devenir. Si on augmente le prix du lait, on doit aussi augmenter le montant des allocations chômage», juge-t-elle.

Mais, malgré cette nouvelle hausse, l'Allemagne reste, derrière le Danemark, l'un des pays européen où le prix du lait est le plus faible. Les Italiens, les Grecs ou encore les Autrichiens doivent au contraire débourser entre 1,05 et 1,39 euro par litre. Et, même en Russie où le niveau de vie est moins élevé qu'en Allemagne, le litre de lait coûte 5 centimes de plus.

Source : http://www.letemps.ch/template/economie.asp?page=9&article=212439#Scene_1

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Publié dans La Consommation

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