Robert Halley, le régent de Carrefour : portrait

Publié le par Stéphane Jeanneteau

Le régent de Carrefour

Il en va parfois des familles d'entrepreneurs comme des lignées royales. Un jour, un des membres jusque-là resté dans l'ombre de son aîné monte sur le trône poussé par des circonstances extérieures. C'est un peu ce qui vient d'arriver à Robert Halley. Le 7 mars dernier, il a remplacé le Belge Luc Vandevelde au poste de président du conseil de surveillance de Carrefour, le second groupe mondial de distribution (derrière l'américain Wal-Mart) avec 12.000 magasins, 436.000 employés et 87,4 milliards de chiffre d'affaires en 2006.

Cette arrivée sous les feux de la rampe intervient dans une période troublée. C'est que Luc Vandevelde fut pendant longtemps l'homme de confiance de la famille Halley, le premier actionnaire du géant français avec 13 % des actions et 20 % des droits de vote. Considéré comme un des spécialistes du secteur, il avait été nommé en 2004 à la tête du holding Citra, qui gère la fortune de la famille, puis en 2005 à la présidence de Carrefour. Son job était de relancer l'enseigne, avec l'aide de l'espagnol José Luis Duran, nommé en même temps que lui, comme président du directoire. C'est qu'entre 2000 et 2005, l'action du groupe avait dégringolé, passant de 66 euros en moyenne annuelle à 39 euros, et les magasins perdaient des parts de marché, notamment en France (47,5 % du chiffre d'affaires).

Un tournant dans l'histoire du groupe

Une «guerre des prix» a alors été entamée par les deux hommes. Cette politique commençait à donner ses premiers résultats. Jusqu'à ce qu'un désaccord éclate. Le 13 février dernier, Luc Vandevelde est remplacé par Bernard Bontoux à la tête de Citra. Son départ du sommet de Carrefour est une suite logique. La presse économique française a avancé plusieurs raisons. Soit les Halley auraient été insatisfaits du manque de diversification dans la gestion de leur patrimoine. Soit ils auraient été déçus du timide relèvement du titre (46 euros à la fin 2006). Soit ils reprocheraient au Belge d'avoir travaillé sur un projet de rachat de Carrefour par des fonds d'investissements et le montant offert dans ce cadre aurait été insuffisant. Soit enfin, Vandevelde aurait remis en cause la position de José Luis Duran, ce qui aurait été très mal perçu.

Dans la foulée sont apparues des rumeurs sur un possible désengagement des Halley. Jusqu'à ce que deux investisseurs rentrent dans Carrefour et affirment vouloir travailler eux : le Groupe Arnault, le holding personnel de Bernard Arnault (le P.-DG de LVMH) et le fonds américain Colony Capital. Ensemble, ils ont acquis 9,1 % des actions pour un montant estimé à 3,5 milliards d'euros. Une opération qui fait d'eux, le second actionnaire.

L'accumulation de tous ces changements fait croire que le puissant groupe français est à un «tournant» de son histoire, comme l'a écrit Le Monde . Reste que les motivations de la désignation de Robert Halley demeurent pour l'heure mystérieuses. Deux hypothèses circulent. Elle peut manifester la volonté de la famille de rester dans Carrefour et d'en poursuivre personnellement le redressement. Ou, au contraire, elle peut exprimer la décision des Halley de sortir à moyen terme de la société aux meilleures conditions financières. Pour le quotidien Les Echos , la position de Robert Halley pourrait bien n'être, dans un cas comme dans l'autre, que «provisoire», vu notamment son âge (70 ans) et sa santé fragile. Il serait donc une sorte de régent.

Une famille bien discrète

Cette part d'inconnue tient dans la discrétion propre de cette famille normande. Les Halley font partie des pionniers français qui, au cours des années 1950 et 1960, ont appliqué la révolution des supermarchés venue en droite ligne des Etats-Unis. Comme les Mulliez (Auchan), les Bouriez (fondateurs de Cora) ou les Leclerc.

C'est en 1962 qu'un grossiste de Mondeville, près de Caen, Paul-Auguste Halley et ses deux fils, Paul-Louis et Robert, fondent Promodis (futur Promodès), en fédérant plusieurs entreprises locales. Sous la houlette du père, la société se hisse bientôt au top du secteur, avec des enseignes telles que Continent ou Champion. Le fils aîné, Paul-Louis, qui prend sa succession en 1972, en fera un groupe européen, en s'implantant en Italie, Grèce, Espagne, Pologne... Homme d'affaires particulièrement avisé, il fut un des premiers à comprendre l'intérêt d'une consolidation du secteur. En 1999, il conclut ainsi une fusion spectaculaire avec son concurrent Carrefour. Paul-Louis décédera dans un accident d'avion en 2003 non loin d'Oxford en Angleterre.

Comme son frère, Robert n'a pas fait de grande école de commerce mais a acquis son savoir-faire sur le terrain. Comme lui, il a fait toute sa carrière chez Promodès. «Très proche de Paul-Louis, il était systématiquement associé aux décisions», explique Claude Sordet, coauteur du livre Paul-Louis Hallet, de Carrefour à Promodès (éditions de l'Organisation). Mais il semble qu'il ne les préparait pas. Un temps, il s'est même investi dans la politique : comme maire de la commune de Moutiers-Hubert et comme conseiller général du département du Calvados. Ancien cadre de Promodès, Jean-François Wantz le décrit comme un «homme très réfléchi, à la vie familiale épanouie». Marié et père de plusieurs enfants, il a longtemps vécu à Londres. Aujourd'hui, sa position n'a plus rien de réservée. Il tient l'avenir du n°1 européen entre ses mains.

 
 


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Publié dans Les enseignes

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